LE DÉBAT DE CHIFFONNIERS ET L'ARITHMÉTIQUE GLACIALE DU CRIME
LE DÉBAT DE CHIFFONNIERS ET L'ARITHMÉTIQUE GLACIALE DU CRIME
Avant de soulever la grande question républicaine liée à la rigueur de nos institutions au sommet de l'État, il m'apparaît opportun et impératif de m'arrêter sur le spectacle affligeant qui empoisonne actuellement l'écosystème politique de notre pays.
Nous avons assisté ces derniers jours aux déclarations du ministre porte-parole du gouvernement qui, s'adressant aux militants de son parti, a cru bon de chauffer à blanc les esprits en qualifiant de « munitions et d'arguments » un catalogue d'invectives et de ressentiments historiques destiné à répondre à l'ancien Président de la République, Laurent Gbagbo.
En ma qualité d'homme d'État et de neutre réconciliateur, soucieux de la paix sociale, je me dois de dénoncer avec la plus haute fermeté la maladresse, l'indignité et l'irresponsabilité d'un tel discours. Nous avons eu là droit au prototype parfait du logiciel politique qui détruit la Côte d'Ivoire depuis plus de 35 ans.
L'arithmétique glaciale de la partocratie
Le scénario est tristement immuable : les opposants accusent le pouvoir de tous les maux de la terre, mais une fois installés à leur place, ils excellent et subliment dans ces mêmes maux. Et quand les premiers, devenus à leur tour opposants, les dénoncent, le régime en place leur oppose une fin de non-recevoir absolue. Pour seule défense et pour uniques « arguments », ils leur rétorquent et leur rappellent leurs propres fautes d'hier.
Hier, quand le PDCI dénonçait les détournements sous la Refondation, on lui rappelait ses propres hauts faits historiques en la matière. Aujourd'hui, devant la politique du rattrapage ethnique, la gouvernance clanique et les embastillements en masse dénoncés par l'opposition (PDCI, PPA-CI), le régime RHDP se contente de réveiller les vieux démons en agitant les spectres de l'« Ivoirité » ou des « escadrons de la mort » pour leur dénier toute légitimité critique.
La logique derrière cette philosophie partocratique est aussi glaciale que cynique : « Si tu as tué 1 000 personnes hier et que moi, en arrivant, je n'en tue que 900, alors je suis un meilleur gouvernement. Si tu tuais et que moi j'emprisonne par milliers, ma gouvernance est excellente. Si tu as fait de l'ivoirité et que moi je fais du rattrapage ethnique, tu es disqualifié de toute critique. »
Voilà le niveau de moralité auquel les clans politiques réduisent la gestion de notre patrie.
La gouvernance est une continuité de correction, pas de répétition
Je tiens à rappeler à tous ces états-majors que la gouvernance d’une Nation est une continuité républicaine. On accède au pouvoir d'État pour corriger les fautes de ses prédécesseurs, pour guérir les blessures de la Nation, et non pour répéter, sublimer ou relativiser les erreurs du passé. Le peuple ivoirien n'a pas à choisir entre la peste d'hier et le choléra d'aujourd'hui.
De plus, ce triomphalisme mémoriel soulève une immense imposture : après 15 ans de règne absolu du RHDP, pourquoi la lumière promise n'a-t-elle toujours pas été faite sur les cas ressassés ? Pourquoi n’y a-t-il pas de vérité définitive sur le charnier de Yopougon, sur la rébellion armée, ou sur l'assassinat de Camara Yéréfé dit H ?
Est-ce en retournant chaque jour le couteau dans la plaie sans jamais la soigner que la douloureuse mémoire de notre peuple guérira ?
Le pouvoir préfère maintenir l'IMPUNITÉ générale pour utiliser ces drames comme des outils de chantage électoral. La mentalité de nos dirigeants doit changer.
Injustice sociale et discrimination institutionnelle : Deux poids, deux mesures
Ce spectacle révèle enfin une profonde et révoltante injustice sociale entre les citoyens. Si les paroles de haine et de division prononcées par ce ministre l'avaient été par un citoyen lambda ou par un opposant critique, les procureurs se seraient autosaisis à la minute même pour « trouble à l'ordre public » et « incitation à la haine ».
Mais parce qu'il est ministre, il n'y aura ni poursuite, ni procès. En Côte d'Ivoire, un ministre peut tout se permettre, il n'ira jamais en prison ; il bénéficie d'un blanc-seing absolu. Les partocrates ont pris soin de ne jamais rendre fonctionnelle la Haute Cour de Justice censée juger cette catégorie de privilèges au sommet de l'État. C’est le règne de la DISCRIMINATION absolue, où la loi n'écrase que les faibles et s'efface devant les puissants.
Quelle leçon républicaine et quel respect des institutions ce ministre donne-t-il à la jeunesse ivoirienne ?
Un ancien Président de la République, quels que soient les différends politiques, incarne l'histoire des institutions de notre pays et mérite des égards que la courtoisie et la dignité républicaines commandent.
La Côte d'Ivoire ne se reconstruira pas dans les invectives de chiffonnier des militants chauffés à blanc. Elle se reconstruira autour d’un Dialogue National inclusif pour changer de système
Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président d'Initiatives Pour La Paix (IPP)
Ancien Candidat à l'Élection Présidentielle
